Démarche artistique

Lara Plowright

Tout a commencé par la musique — des improvisations d'enfant que je voulais mettre en images. De la génération nourrie à la poésie de Jacques Prévert mise en musique par Joseph Kosma, Paul Grimault m'offrit un horizon me projetant au-delà du Royaume de Takicardie. C'est donc pour faire du film d'animation que je me suis tournée vers le dessin. En cherchant à maîtriser la figure humaine, j'ai découvert les romantiques, le réalisme de Gustave Courbet… Intégrant un cursus d'illustration en école d'art britannique, je m'enthousiasmais des Préraphaélites… Autant d'univers où la précision du dessin et l'intensité de la couleur servent des mondes intérieurs puissants. Cette fascination m'a conduite vers l'anatomie artistique avec la rigueur d'une apprentie qui veut être compétente avant d'être libre — libre de construire dans la tradition onirique d'Odilon Redon, d'Edmund Dulac, d'Arthur Rackham.

C'est en explorant les moteurs aéronautiques que quelque chose a basculé : leur complexité organique et féerique m'ont révélé une peinture qui n'avait plus besoin de servir un récit pour exister. Au contact des Peintres Officiels des Armées — un monde qui n'était pas le mien — j'ai lâché le côté illustratif de ma pratique pour trouver une peinture devenue espace de pensée autonome. Le dessin comme langage de perception, de représentation et d'expression est le socle de ma démarche.

Ma trajectoire s'est orientée vers le collectif et l'interdisciplinaire : fresques collectives, films d'animation participatifs, performances dans l'espace public — des formes où la peinture s'oriente vers le partage et la rencontre. La musique, elle, n'a jamais cessé de nourrir tout le reste. J'écris, je compose, j'interprète — et travaille aujourd'hui à une peinture en lien direct avec une chanson. Ce qui avait commencé comme deux désirs séparés tend, lentement, à ne faire qu'un.

À côté de cette veine poético-onirique, une autre recherche me tient, plus sombre et plus urgente. Au pastel, je travaille à partir de photographies journalistiques qui témoignent des crises en cours — incendies, gilets de détresse, combinaisons de chantier, figures de pompiers ou de migrants. Ce qui m'intéresse n'est pas tant l'événement que l'image de l'événement : notre consommation quotidienne d'images-catastrophe, leur circulation sur les réseaux sociaux, leur esthétique involontaire — ces couleurs fluos, ces hachures cinétiques qui font d'une scène de crise presque une œuvre futuriste. Un passage par les métiers de l'humanitaire et par le monde militaire a sans doute nourri cette attention au réel et à ses représentations. Pour l'instant, c'est une réflexion au pastel — en cours.